Aucun d’entre vous n’a pu passer à côté de la crise agricole qui a éclaté en début d’année, à moins de vivre au fin fond d’une grotte ! Des routes bloquées, des villes agitées, des autoroutes en mode parking, des stationnements sur des centrales d’achat… Depuis le début de l’année, les agriculteur·trice·s montrent leur mécontentement et n’ont pas l’air de vouloir lâcher tant qu’il n’y aura pas eu de changement ! Mais pourquoi les agriculteur·trice·s ont-ils décidé de monter sur leurs tracteurs pour bloquer les routes ?
Chez Trattino, nous nous sommes intéressés au sujet et avons décidé de vous en parler dans une série d’articles, afin de vous aider à mieux comprendre ce sujet épineux, parce qu’avec toutes ces actualités, on peut vite s’y perdre…
Que ce soit la PAC, les lois EGALIM, le pacte vert ou encore les accords du Mercosur, grâce à nous, vous connaîtrez tous les aspects de cette crise de A à Z. 😉
PAC, LA DÉCOUVERTE DE L'AGRICULTURE EUROPÉENNE
Depuis quelque temps, vous devez sûrement entendre parler de la Politique Agricole Commune, plus communément appelée la PAC. Impossible de passer à côté au vu de l’actualité. Mais de quoi s’agit-il réellement, en quoi consiste-t-elle et pourquoi est-elle autant critiquée ?
Pour répondre à toutes ces questions, il est important de remonter à son origine et à son histoire. Préparez-vous pour un petit cours d’histoire, mais promis, nous allons faire simple 🙂
Là où tout a commencé
C’est en 1962 que la PAC voit le jour au sein de l’Union européenne, avec comme premier objectif de nourrir les citoyens européens. Dans une période d’après-guerre, les États membres veulent se protéger et venir en aide aux agriculteur·trice·s.
Ils ont alors défini plusieurs objectifs :
Soutenir les agriculteur·trice·s et améliorer la productivité agricole en garantissant un approvisionnement stable en denrées alimentaires à un prix abordable ;
Assurer un niveau de vie décent aux agriculteur·trice·s de l’Union européenne ;
Contribuer à lutter contre le changement climatique et gérer les ressources naturelles de manière durable ;
Préserver les zones rurales et les paysages dans l’ensemble de l’UE ;
Préserver l’économie rurale en promouvant l’emploi dans l’agriculture, l’industrie agroalimentaire et les secteurs associés.
Ces objectifs ont été rapidement atteints et la PAC fut un succès ! En quelques années seulement, l’Union européenne avait atteint l’autonomie agricole. Cependant, malgré les points positifs de cette réussite, il y a eu un gros point négatif : la surproduction. Cette surproduction a été très soutenue par les produits chimiques issues des industries de la guerre à la fin de la deuxième guerre mondiale (engrais azotés…). La PAC est aussi devenue la première source de dépense de l’UE, car son coût augmentait en même temps que la production.
Bien que les objectifs aient été atteints, la PAC est aujourd’hui beaucoup critiquée, et les nouvelles réformes et mesures qui sont apparues suscitent de nombreuses polémiques et ne plaisent pas aux agriculteur·trice·s les entraînant à monter sur leurs tracteurs afin de montrer leur désaccord.
DÉCRYPTAGE DES NOUVEAUX DÉFIS
« On se bat pour vous nourrir, on se bat pour vous nourrir, on se bat pour vous nourrir ! », voilà ce que répètent les agriculteur·trice·s depuis le mois de janvier. Cela peut paraître un peu bizarre quand on voit que l’objectif de la PAC est de rémunérer, à juste titre, les agriculteur·trice·s et que l’Union Européenne a atteint l’autonomie agricole, n’est-ce pas ?
Vous pouvez vous en douter, le problème n’est pas nouveau, celui-ci remonte à des années, car depuis sa création, la PAC s’est vue définir de nouveaux objectifs qui n’ont fait que complexifier son règlement et durcir les conditions de subvention des agriculteur·trice·s.
Une réforme qui a mis le feu au poudre
En janvier 2023, une nouvelle réforme a été mise en place, visant à mieux concilier l’agriculture et le respect de l’environnement. Cette dernière est une très bonne initiative qui saura ravir nos super agriculteur·trice·s bio ! On vous explique pourquoi 🙂
Au sein de notre réforme, nous retrouvons alors l’éco-régime, qui correspond à des primes versées aux agriculteur·trice·s et exploitants·es suivant des programmes environnementaux exigeants. Vous l’aurez compris, cette réforme est vraiment top pour nos agriculteur·trice·s bios qui peuvent alors toucher de nouvelles primes 🙂 Mais comme on peut l’imaginer aussi, cette dernière réforme ne plaît pas du tout aux agriculteur·trice·s conventionnels qui se voient, eux, toucher de moins en moins de subventions…
À la réforme de l’éco-régime s’ajoute également celle de la Jachère, qui a été mise en place quelques années plus tôt. Alors, contrairement à ce que certains d’entre vous pourraient croire, cette dernière n’est pas simplement un champ de jolies fleurs 😉 À la base, elle consiste à mettre au repos une partie des terres cultivables afin que le sol puisse se régénérer naturellement et ne pas s’épuiser trop rapidement. Cette réforme est très importante pour préserver la biodiversité ainsi que pour limiter l’agriculture intensive !
En effet, certains témoignages d’agriculteur·trice·s luttant pour la biodiversité, expliquent que l’utilisation massive de pesticides tue la biodiversité et la vie des sols. La Jachère permet alors de garder des zones vierges de tout produit chimique ! Si cette réforme fait le bonheur de nos petits exploitants·es bio, ce n’est pas du tout le cas pour d’autres agriculteur·trice·s qui voient leur production diminuer et donc touchent moins de subventions, d’où leur mécontentement…
Ces deux réformes font alors partie du mécontentement général des agriculteur·trice·s aujourd’hui ! Mais nous, on y voit surtout une opportunité de développer l’agriculture bio et de préserver la biodiversité ! Et oui, il faut aussi penser au futur, et si rien ne change dans quelques années, les terres seront trop abîmées et ne pourront plus produire comme elles le font aujourd’hui !
Des subventions jetées par les fenêtres
Comme nous l’avons évoqué précédemment, l’un des objectifs principaux de la PAC est d’assurer une bonne rémunération des agriculteur·trice·s. Mais qu’en est-il réellement aujourd’hui ?
La PAC avait été mise en place pour nourrir l’Europe à la sortie de la deuxième guerre mondiale. Malheureusement, au cours des années, cette politique agricole commune a continué à soutenir en priorité l’agriculture industrielle, productiviste et très polluante.
Vous allez nous dire, mais pourquoi ?
Tout simplement parce que les aides ne dépendent pas du type de production ou de la quantité (ce qui semblerait totalement logique), mais de la taille de l’exploitation ou du nombre de têtes de bétail qu’elle comporte ! Pour faire bref, plus les exploitations sont grandes, industrielles, productives et polluantes, plus les agriculteur·trice·s touchent des subventions ! L’agriculture écologique et à taille humaine se voit alors défavorisée…
Pour que vous puissiez encore mieux vous en rendre compte, nous allons vous donner quelques chiffres qui, même pour ceux qui ne sont pas matheux, vous parleront à coup sûr.
En France, selon le ministère de l’Agriculture, 20% des exploitants·es possèdent 52% des terres agricoles et touchent alors 35% des subventions ! Ces inégalités sont encore plus visibles au niveau européen où 20% des exploitants·es possèdent 83% des terres agricoles et perçoivent alors 81% des aides.
Chez Trattino, nous pensons directement à nos petits producteur·trice·s bio qui ont de plus en plus de mal à sortir la tête de l’eau et qui voient leurs subventions leur passer sous le nez ! Et ce n’est pas tout, ces derniers vont se voir retirer des aides s’ils produisent une agriculture biologique depuis plus de 5 ans !
Vous trouvez ça absurde ? Attendez, vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Les agriculteur·trice·s que nous pouvons qualifier de modestes ne sont pas les seuls à toucher la majorité des aides. Les grands groupes agro-industriels tels que Bigard, Avril, Savéol, ou encore Téréos sont eux aussi largement subventionnés malgré des résultats financiers très positifs ! Une situation souvent dénoncée, mais qui n’a pas été écoutée et qui a tout simplement conduit nos agriculteur·trice·s à monter sur leur tracteur afin de se faire entendre et de déclarer que cette situation a assez duré !
Pour résumer tout cela, au-delà de la mauvaise répartition et de cette injustice, la PAC entraîne, et encourage surtout une agriculture productiviste, très néfaste pour l’environnement, et ne soutient pas du tout l’agriculture bio ni cette transition vers celle-ci, puisque les agriculteur·trice·s savent qu’au bout de 5 ans, ils ne toucheront plus d’aides…
Alors, la prochaine fois que vous serez en train de râler en voiture derrière un tracteur qui roule doucement, pensez que ce dernier fait juste son travail et cherche à gagner sa vie comme il le peut 😉 Et on espère que vous penserez à soutenir les petits producteur·trice·s Bio, qui eux n’ont pas d’aides du tout !
UN RAS-LE-BOL GÉNÉRAL
Avec toutes ces réformes et ces injustices, c’est un ras-le-bol général qui est apparu ! Sur le papier, la PAC, c’est génial, mais dans la réalité, ça ne l’est pas tant que ça…
En pratique, nous sommes loin, très loin d’un idéal agricole, et la PAC est remplie de paradoxes.
Et oui, malgré l’importance de la production et de l’autonomie agricole, les revenus des agriculteur·trice·s sont inférieurs d’environ 40% par rapport aux revenus non-agricoles. La différence est énorme quand on voit que c’est grâce à eux que nous pouvons nous nourrir !
Aussi, contrairement à d’autres secteurs, l’agriculture dépend des conditions météorologiques et climatiques. De ce fait, une mauvaise récolte est vite arrivée et pour un agriculteur·trice qui a une petite exploitation, cela peut vite tourner à la catastrophe pour lui. Comme les aides dépendent de la taille de l’exploitation, on peut dire presque vulgairement “qu’il peut s’y asseoir dessus” !
Au final, quand on y réfléchit, pour l’une des plus anciennes politiques communes européennes qui, soit dit en passant, représente le principal poste de dépense de l’Union européenne, avec environ un tiers du budget, elle n’est pas idéale et fait plus de mal que de bien à nos agriculteur·trice·s bien-aimés…
Et voilà, nous arrivons à la conclusion de ce premier épisode consacré à la Politique Agricole Commune ! Nous avons décrypté l’un des aspects fondamentaux de la crise agricole et nous espérons que vous êtes, à présent, plus enclins à la comprendre 🙂
Dans le prochain épisode, après avoir exploré la PAC sous tous ses aspects, nous mettrons en lumière le Pacte Vert, un autre élément clé qui vous permettra de comprendre les défis et les enjeux auxquels le secteur agricole est confronté !

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