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Comprendre la crise agricole – Épisode 3 : Les accords de libre-échange

Vous l’avez remarqué, nous aussi, le secteur de l’agriculture est en plein mouvement, et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Si certains d’entre vous habitent dans un recoin perdu, voici un petit rappel de ce qui s’est passé au début de cette année 2024 ! Des routes bloquées, des villes agitées, des autoroutes en mode parking, des stationnements sur des centrales d’achats… Les agriculteurs en ont ras-le-bol et ils nous le montrent !

La question qu’on peut alors se poser est pourquoi ces derniers ont-ils décidé de monter sur leurs tracteurs et de bloquer les routes ?

Chez Trattino, nous nous sommes intéressés au sujet et avons décidé de vous en parler dans une série d’articles, afin de vous aider à mieux comprendre ce sujet épineux. Avec toutes ces actualités et tout ce qu’on entend, on peut vite s’y perdre…

Alors, après vous avoir parlé de la PAC et de ses mystères dans le premier épisode, puis du Green Deal et de ses paradoxes dans le deuxième, pour ce nouvel épisode, nous allons faire un zoom sur les accords de libre-échange 🙂

DÉCODER LES ACCORDS DE LIBRE-ÉCHANGE

libre échange

Accord de libre-échange de A à Z

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est nécessaire de savoir en quoi consiste un accord de libre-échange.
Pour faire le plus simple possible, un accord de libre-échange est un traité international entre l’Union Européenne et un État (ou une autre organisation internationale) qui réduit les obstacles commerciaux entre les deux parties.

Son objectif est d’augmenter les débouchés des entreprises de l’État ou de l’organisation en leur ouvrant d’autres marchés et ainsi donner un coup de pouce à la croissance des pays signataires !

Dans les faits, un accord de libre-échange comprend donc au moins la diminution des droits de douane dans certains domaines, une ouverture mutuelle des marchés publics, et une reconnaissance de normes et d’indications géographiques protégées chez chacun des partenaires. Certains accords incluent également des critères politiques, sociaux et environnementaux !

Dis comme ça, on est tous d’accord pour dire que les accords de libre-échange ont l’air vraiment super. Cela semble être un accord où chaque pays ou organisation est gagnant ! Mais en réalité, c’est un peu plus compliqué que ça…

ENJEUX ET CONTROVERSES

Aujourd’hui, les agriculteurs ne portent pas les traités de libre-échange dans leur cœur, surtout celui du Mercosur. Mais avant que ce dernier soit au centre de l’actualité, d’autres ont vu le jour et ont été tout autant critiqués… Parmi eux, nous retrouvons le CETA, un accord entre l’UE et le Canada entré en vigueur provisoirement en 2017.

Le CETA

le CETA

Le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) est un accord commercial bilatéral de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada. Signé le 30 octobre 2016, il est entré en vigueur partiellement le 21 septembre 2017.
L’objectif de cet accord est de réduire les barrières tarifaires et non tarifaires des échanges commerciaux entre les deux signataires. Cet accord offre également aux entreprises canadiennes et européennes la possibilité d’investir.

En pratique, le CETA réduit presque entièrement les obstacles à l’importation (99%), ce qui permet aux entreprises canadiennes et européennes de participer aux appels d’offres publics et d’investir dans l’autre région. Cela renforce aussi la coopération entre le Canada et l’Union Européenne sur les normes et les régulations.

Pour vous simplifier la chose, retenez que les coûts des douanes lors des importations et exportations sont considérablement réduits. Par exemple, si l’UE décide d’exporter des équipements de transport au Canada (ce qui est le cas), grâce à cet accord, le coût de l’exportation sera vraiment minime !

Après en avoir appris un peu plus sur le CETA, il est important de comprendre pourquoi ce dernier a reçu de nombreuses critiques et n’est encore pas très apprécié, surtout du côté de nos amis les agriculteur·trice·s. En effet, ces dernier·e·s dénoncent encore aujourd’hui une concurrence déloyale.

On vous explique. Le Canada exporte principalement de la viande bovine en Europe, jusque-là tout va bien. Le problème, c’est que les normes d’élevage canadiennes ne sont pas les mêmes que les normes européennes. Autrement dit, les exportateurs canadiens sont libres d’alimenter leurs bœufs avec de la farine animale ou de leur donner des antibiotiques, ce qui est totalement interdit en Europe !

Vous voyez où on veut en venir ? Élever les bœufs de cette façon permet d’avoir une production plus rapide et moins chère que celle des éleveurs européens ! De ce fait, nos éleveurs se voient piquer leur place par les éleveurs canadiens. Alors certes, les bovins canadiens ne sont pas d’aussi bonne qualité que les européens, mais comme l’objectif est d’avoir un approvisionnement à moindre coût, cela ne pose malheureusement pas de problème…

Et comme apparemment, l’Union Européenne n’apprend pas de ses erreurs, l’accord entre elle et la Nouvelle-Zélande, en vigueur depuis le 1er mai 2024, détruit lui aussi de plus en plus le marché de l’ovin ! Aujourd’hui, nous importons les 3⁄4 de nos agneaux de Nouvelle-Zélande car les prix sont imbattables… Un nouveau coup dur pour nos éleveurs qui ont de plus en plus de mal à garder la tête hors de l’eau.

Pour couronner le tout, que ce soit le CETA ou l’accord avec la Nouvelle-Zélande, tous deux ont des impacts nocifs sur l’environnement. En effet, avec une importation de 37.000 tonnes de viande ovine et tout autant de viande bovine, les émissions de gaz à effet de serre liées au transport des marchandises ne font qu’accroître ! Et ces accords manquent évidemment d’engagements climatiques solides pour compenser les impacts…

Les accords du MERCOSUR

Le Mercosur

Le CETA, l’accord avec la Nouvelle-Zélande et maintenant le Mercosur, un nouvel accord de libre-échange, qui ne plait pas du tout aux agriculteurs et agricultrices ! En effet, ce dernier est au cœur de leurs revendications. Mais avant de vous expliquer plus en détails pourquoi il fait autant de bruit, nous allons vous expliquer en quoi il consiste et surtout quels sont ses objectifs…

L’accord du Mercosur est le plus important accord de libre-échange conclu par l’Union Européenne et les pays du Mercosur, d’une part en raison de la population concernée (780 millions de personnes

tout de même), et d’autre part par son volume d’échanges (40 à 45 millions d’euros d’importation et d’exportation).
Avec cet accord, l’objectif est d’établir une zone de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur, à savoir l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela. Autrement dit, cela vise à éliminer les douanes ainsi que les barrières tarifaires, et à simplifier les procédures douanières, comme son nom l’indique : une vraie zone de libre-échange finalement.

Comme vous avez pu le constater, les agriculteurs et agricultrices sont contre cet accord de libre-échange ! Comme ce fut le cas pour le CETA, ils dénoncent une concurrence déloyale, notamment dans le domaine de la viande bovine et de la volaille. Avec cet accord, il est prévu une importation de 99.000 tonnes de viande bovine et 180.000 tonnes de volailles, qui seraient importées en Europe sans droits de douane. Et comme si cela ne suffisait pas, il y a aussi une suppression des droits de douane pour 45.000 tonnes de miel, 60.000 tonnes de riz et 180.000 tonnes de sucre ! De quoi décourager nos éleveurs.

Comme ils le disent : « Les éleveurs du Mercosur sont déjà ultra-compétitifs. Quel est l’intérêt de leur ouvrir ce contingent à droits de douane réduits, d’autant que nous savons que leurs productions ne répondent pas aux critères imposés en Europe ? » C’est une très bonne question qui nous laisse tous·tes un peu perplexes et surtout dans l’incompréhension…

Nous ne pouvons alors que comprendre les agriculteurs et agricultrices qui, en plus de devoir gérer la PAC et les réformes du Green Deal, doivent également faire face aux accords du Mercosur, ce qui n’arrange rien à leur situation… Dans chaque accord, la filière agricole est un véritable élément à prendre en compte, et malheureusement, elle est bien trop souvent laissée de côté, ce qui entraîne des situations telles que celles que nous connaissons aujourd’hui : des manifestations, des blocus et parfois même des grèves !

La faute des consommateurs ?

Les agriculteurs dénoncent une concurrence déloyale, et ils ont raison. Mais si l’Europe continue à signer des accords de ce type, c’est que derrière, les consommateurs achètent et consomment des produits importés de l’étranger.
Aujourd’hui, en France, 20 % de notre alimentation provient de l’étranger, une quantité qu’en tant que première puissance agricole, la France pourrait produire ! Mais non, la population préfère consommer des produits qui n’ont pas les mêmes normes sanitaires que les nôtres et qui viennent de l’autre bout du monde ! Il y a un léger problème, non ?

Pour que vous puissiez vraiment comprendre, prenons l’exemple du fameux label rouge sur les poulets. Le label rouge représente 15 % de la production de poulets depuis 60 ans, et ce chiffre ne bouge pas. Dès que ce chiffre a été dépassé, dès que le label rouge représentait plus de 15 % de la production de poulets, il y a eu des pertes… On peut alors conclure que les consommateurs préfèrent consommer un poulet de moins bonne qualité, provenant du Brésil, d’Ukraine ou encore de Thaïlande, nourri à la farine animale qu’un poulet certifié label rouge !

Il faut aussi savoir qu’un poulet d’entrée de gamme français est bien meilleur que tous les poulets d’entrée de gamme du monde entier. Cependant, les consommateurs ne le choisissent pas car il n’est pas considéré comme assez bien, alors qu’il vaut mieux l’acheter plutôt que d’importer des poulets d’autres pays qui, même s’ils ne sont pas d’entrée de gamme, seront dans tous les cas de qualité inférieure !

Néanmoins, même si dit comme ça, on pourrait croire que tout ça est un peu de la faute des consommateurs qui alimentent ce cercle vicieux, en réalité, l’étiquetage des produits y est pour beaucoup… Par exemple, un poulet peut venir d’Ukraine, mais dès qu’il est transformé, il prend la nationalité du pays dans lequel il se trouve ! Pas très honnête tout ça…

LE DÉCLIN DU SECTEUR BIO

crise agricole

Avec tout ça, nous n’osons même pas vous parler du bio, dont le marché a reculé de 4,5 % en 2022 ! Cela est dû en partie à la baisse du pouvoir d’achat : les consommateurs ont envie de bien manger, mais de façon occasionnelle… Ce qui fait que la consommation bio est alors devenue quelque chose d’occasionnel et non d’habituel.

Chez Trattino, nous pensons surtout à nos producteurs et éleveurs bio qui veulent bien faire mais à qui on ne cesse d’ajouter des bâtons dans les roues… C’est pour cela que nous faisons de notre mieux pour les rémunérer de la façon la plus juste possible et vous proposer une alimentation saine et gourmande, réalisée avec des produits de qualité, bio, et surtout approvisionnée en circuit court !

Et voilà, nous arrivons à la fin de cet épisode dédié aux accords de libre-échange européens ! Nous espérons que vous comprenez un peu mieux cette crise agricole !
Nous espérons aussi que cet article a pu vous éclairer sur les différentes façons de consommer et ce qu’il est possible de faire pour améliorer tout ça 😉

Dans le prochain et dernier épisode, nous allons étudier les lois EGALIM, un autre élément majeur de cette crise agricole !

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