Depuis maintenant un petit moment, le secteur agricole subit de nombreux changements et est en constante évolution. Voici un petit rappel pour ceux d’entre vous qui seraient passés à côté 😉 Routes bloquées, villes agitées, autoroutes en mode parking, stationnements sur des centrales d’achats… Les agriculteurs en ont ras-le-bol et ils nous le montrent !
Chez Trattino, nous nous sommes alors intéressés au sujet et avons décidé de vous en parler dans une série d’articles afin de vous aider à mieux comprendre ce sujet épineux, car avec toutes ces actualités, on peut vite s’y perdre !
Après vous avoir parlé de la PAC et de ses mystères, du Green Deal et de ses paradoxes, des accords de libre-échange et de leurs injustices, nous allons maintenant évoquer le dernier point clé de cette crise : les fameuses lois EGALIM !
UNE RÉFORME TOUTE RÉCENTE
Les lois EGALIM, car il n’y en a pas une mais trois, sont assez récentes ! En effet, la première a vu le jour en 2018 et la dernière en 2023. Ces lois ont pour objectif, comme de nombreuses mesures, de venir en aide et de soutenir les agriculteurs et agricultrices. Nous allons voir en quoi elles consistent et surtout pourquoi une seule n’a pas suffi…
Les objectifs de la loi
Avant que les lois EGALIM soient prononcées, il faut savoir qu’un tiers des agriculteurs touchaient moins de 350€ par mois ! Un montant si bas, que nous pouvons nous demander comment une somme pareille peut les faire vivre…
En plus de disposer de revenus relativement bas, les grandes surfaces contrôlaient le marché des matières premières en dictant les prix. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’étaient pas les producteurs qui fixaient le prix de leurs produits, mais bien les industriels et les grandes surfaces. Celles-ci maintenaient les prix des produits au plus bas pour attirer les clients dans leurs rayons et réaliser une marge bénéficiaire importante. Les agriculteurs, quant à eux, fournissent les matières premières sans avoir véritablement leur mot à dire.
Pour résumer la situation, les agriculteurs et agricultrices vendaient leurs produits à des prix très bas, aux grandes surfaces qui les revendaient ensuite à des prix beaucoup plus élevés. Fonctionnement pas très juste, vous ne trouvez pas ?
Le 30 octobre 2018, la première loi EGALIM (États Généraux de l’Alimentation) entre alors en vigueur pour contrer cette situation. Son objectif est de garantir une rémunération équitable des agriculteurs face aux industriels. Le but est de rééquilibrer le rapport de force entre les fournisseurs et les grandes surfaces. Les producteurs sont alors regroupés en organisations qui fixent eux-mêmes leurs prix de vente en fonction de leurs coûts de production. Finalement, c’est plutôt logique 😉
Son évolution
Comme évoqué précédemment, la loi EGALIM 1 est entrée en vigueur en 2018. Cependant, elle a été jugée insuffisante, et le 18 octobre 2021, une deuxième loi est adoptée avec des mesures plus strictes. Cette nouvelle loi rend illégales les négociations sur le coût des matières premières agricoles telles que le lait, la viande ou les œufs.
Pour que vous puissiez comprendre voici un petit exemple : si le prix du lait augmente, le supermarché doit désormais accepter la hausse du prix sans discussion, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Malgré tout, les producteurs et productrices accusent les industriels de ne pas respecter cette loi. C’est pourquoi, le 30 mars 2023, une nouvelle loi EGALIM est mise en place pour renforcer les mesures existantes et limiter les infractions.
La loi EGALIM 3 permet désormais aux agriculteurs et agricultrices d’interrompre les livraisons aux grandes surfaces si celles-ci ne négocient pas dans les délais imposés.
Voici un petit topo pour vous aider à comprendre le problème : les négociations entre le fournisseur et le distributeur se déroulent chaque année du 1er décembre au 1er mars. Pendant cette période, les deux parties s’accordent sur le prix des produits. Si, au 1er mars, aucun accord n’était trouvé, le fournisseur était obligé de livrer le distributeur aux conditions de l’année précédente.
Comme on peut l’imaginer, les distributeurs pouvaient alors délibérément ne pas respecter les délais pour éviter une hausse des prix. Aujourd’hui, grâce à la loi EGALIM 3, cela n’est plus possible. En effet, si aucun accord n’est convenu au 1er mars, le fournisseur peut choisir de ne pas livrer le distributeur.
Ces trois lois ont introduit de nombreuses règles visant à pallier au maximum les inconvénients dont étaient victimes les agriculteurs et agricultrices.
UNE INITIATIVE QUI TOMBE DANS SES TRAVERS
Avec ces trois lois, les agriculteurs et agricultrices ne devraient plus rencontrer de réels problèmes ou obstacles dans leurs relations avec les industriels et les grandes surfaces. Cependant, nous avons pu constater que ce n’est pas le cas, comme en témoignent les revendications qu’ils ont exprimées au début de l’année 2024…
Des agriculteurs remontés
Malgré ces lois, les agriculteurs dénoncent leur non-respect par les grandes surfaces. Selon eux, les industriels continuent d’acheter les matières premières à des prix trop bas. Par exemple, dans l’Orne, les éleveurs de vaches laitières critiquent Lactalis, le leader mondial, qui ne paie que 403 € les 1. 000 litres de lait, tandis que ses concurrents offrent 440 € !
De plus, les lois EGALIM ne concernent pas tous les agriculteurs, car les mesures ne s’appliquent qu’aux matières premières. Autrement dit, un producteur de blé qui fabrique des céréales ne sera pas concerné et ne pourra pas en bénéficier…
Certaines grandes distributions contournent également la loi en passant par des centrales d’achats européennes. Elles négocient en Espagne, aux Pays-Bas, ou encore en Allemagne pour pouvoir acheter moins cher. En effet, les lois EGALIM ne sont valables que sur le territoire français. Donc, les grandes distributions sont malines : pour ne pas se soumettre aux règles, elles passent par des entreprises étrangères…
Au bout du compte, ce que nous pouvons observer, c’est que les agriculteurs et agricultrices français·es sont soumis à des mesures européennes et françaises, qui ne peuvent pas cohabiter ensemble… En effet, les lois EGALIM, bien qu’elles visent à protéger les agriculteurs en régulant les pratiques commerciales en France, se révèlent inefficaces car elles ne s’appliquent qu’à l’intérieur du pays.
Pour contourner ces lois, comme évoqué précédemment, les grandes enseignes de distribution négocient l’achat de matières premières à l’étranger, là où les régulations françaises n’ont aucune portée. Nous avons pu le constater : cette stratégie ne plaît évidemment pas aux agriculteurs français, qui se trouvent pénalisés.
De plus, les accords de libre-échange ne font qu’aggraver la situation en accentuant la concurrence déloyale : les distributeurs et les industriels s’approvisionnent légalement dans des pays où les coûts sont plus bas, créant ainsi un désavantage pour les producteurs français. Finalement, ce sont ces derniers qui subissent les conséquences, se retrouvant souvent en difficulté financière face à des prix de vente qui ne couvrent pas leurs coûts de production…
Du bio mais à moitié
Outre le fait de protéger et d’assurer une rémunération juste aux agriculteurs, EGALIM a d’autres objectifs tournés vers une alimentation saine et respectueuse de l’environnement 🙂
Cela se traduit par un objectif de 50 % de labels de qualité dans les cantines et les restaurants collectifs, dont 20 % de bio, dans le but de promouvoir une alimentation saine. Malheureusement, la plupart des restaurants collectifs n’y parviennent pas. En effet, pour améliorer la qualité, ils doivent augmenter le budget, ce que certains ne peuvent pas se permettre. De plus, aucune sanction n’est prévue pour les collectifs qui ne respectent pas les 20 % de labels bio. À quoi bon faire des efforts pour intégrer une alimentation plus saine et respectueuse s’ils savent qu’il n’y aura pas de répercussions par la suite ?
Comme pour beaucoup de mesures, au premier coup d’œil, tout semble être fait pour encourager le secteur du bio. Mais, dans les faits, lorsque l’on s’y intéresse de plus près, on se rend compte que, comme très souvent, les producteurs et productrices bio sont laissés de côté…
EGALIM part d’une bonne intention, mais ces initiatives ne fonctionnent pas et ne sont pas prises en compte.
CHEZ NOUS LE BIO A DU GOÛT
À Trattino, le travail des producteurs·trices est très important, c’est pour cela que nous nous engageons à travailler avec des agriculteurs locaux et bio, en leur assurant une bonne et juste rémunération 🙂
Nous choisissons soigneusement tous nos produits que ce soit dans notre cuisine mais aussi dans notre épicerie !
À travers nos engagements nous proposons une cuisine gourmande, bio et accessible, car comme certains peuvent ne pas le croire, le bio c’est pour tout le monde 😉
Et voilà, nous arrivons à la fin de ce dernier épisode dédié aux lois EGALIM ! Nous espérons que, grâce à cette série d’articles, vous comprenez à présent un peu mieux cette crise agricole 😉
Nous espérons aussi que cet article a pu vous éclairer sur différents aspects qui vous étaient encore inconnus !
À présent, vous êtes à même de comprendre la crise agricole sous tous ses angles et sous tous ses aspects 😉
