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Comprendre la crise agricole – Épisode 2 : Le Green Deal

Le monde agricole est en pleine effervescence ces derniers temps ! Entre les aléas climatiques, les changements de réglementations et les défis économiques, nos agriculteurs et nos agricultrices n’ont pas une minute à eux. Et ils nous l’ont prouvé avec leurs différentes manifestations : des routes bloquées, des villes agitées, des autoroutes en mode parking, des stationnements sur des centrales d’achat… Depuis le début de l’année, les agriculteurs et agricultrices montrent leur mécontentement et n’ont pas l’air de vouloir lâcher tant qu’il n’y aura pas eu de réels changements ! Mais pourquoi ces derniers ont-ils décidé de monter sur leur tracteur pour bloquer les routes ?

Chez Trattino, nous nous sommes intéressés au sujet et avons décidé de vous en parler dans une série d’articles afin de vous aider à mieux comprendre ce sujet épineux, car avec toutes ces actualités, on peut vite s’y perdre…

Dans le premier épisode, nous avons parlé de la PAC et de ses mystères. Pour cet épisode, nous allons vous parler du Green Deal et de ses paradoxes !

LE GREEN DEAL 2.0

green deal 2.0

Le pourquoi du comment ?

Le Green Deal, ou Pacte Vert (comme vous préférez), est une initiative lancée par la Commission Européenne en décembre 2019 dans le but de rendre l’économie de l’Union Européenne durable, en mettant en place des stratégies dans différents domaines. L’objectif principal, et non des moindres, est de faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone d’ici 2050. Autrement dit, cela signifie réduire à zéro les émissions de gaz à effet de serre !

Vous l’aurez compris, pour être atteint, ce challenge vise à mettre en place différentes mesures couvrant divers secteurs, allant de l’énergie à l’industrie en passant par la biodiversité, les transports, l’agriculture et l’alimentation!

Maintenant que vous en savez un peu plus sur le Green Deal, nous allons entrer un peu plus dans le vif du sujet, à savoir d’où viennent les mesures et pourquoi ce dernier a vu le jour finalement 😉

Différents secteurs = différents objectifs

Comme vous pouvez l’imaginer et comme son nom l’indique, le Pacte Vert a été conçu afin de pallier plusieurs crises environnementales et climatiques qui menaçaient, et menacent encore aujourd’hui, notre planète… La dégradation des écosystèmes, les événements climatiques extrêmes et l’augmentation des niveaux de pollution montrent qu’il est temps de trouver des solutions et d’arrêter ces phénomènes !

Vous allez alors nous dire que ce n’est pas avec pour seul objectif la neutralité carbone que tous ces phénomènes vont s’arrêter, et nous sommes d’accord ! C’est pour cela que le Green Deal en a défini plusieurs, selon différents secteurs :

  • Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030
  • Investir dans des technologies propres
  • Développer des transports durables et intelligents
  • Promouvoir l’efficacité énergétique et garantir des bâtiments plus verts
  • Préserver la biodiversité et restaurer les écosystèmes naturels
  • Favoriser un système alimentaire durable, de la production à la consommation

Dans cet article, ce qui va surtout nous intéresser, ce sont toutes les mesures qui concernent l’agriculture et l’alimentation. Si aujourd’hui les agriculteurs en sont mécontents, c’est certainement pour une raison précise.

LE GREEN DEAL ET L'AGRICULTURE

De nombreuses stratégies ont émergé dans le domaine de l’agriculture. Cependant, une a vraiment retenu l’attention des agriculteurs et agricultrices : il s’agit de “De la ferme à la fourchette”, également appelée “De la ferme à l’assiette”. À première vue, comme son nom l’indique, cette initiative semble être une bonne idée. Malheureusement, nos ami·e·s producteurs et productrices ne partagent pas cet avis.

The Farm To Fork

de la ferme à la fourchette

La stratégie “De la ferme à la fourchette” est l’un des piliers du Green Deal. Son objectif ? Rendre le système alimentaire de l’Union Européenne plus durable en promouvant un système alimentaire équitable, sain et respectueux de l’environnement. Pour cela, plusieurs objectifs ont été mis en place :

  • Réduire l’utilisation de pesticides chimiques de 50% d’ici 2030
  • Diminuer l’utilisation d’engrais de 20% d’ici 2030
  • Augmenter la part des terres agricoles en agriculture biologique à 25%
  • Améliorer la gestion des sols et lutter contre la dégradation des terres

À Trattino, nous adorons ces objectifs, car cela signifie que nous allons vers une production et une alimentation plus éthiques, plus saines et surtout plus biologiques !

Seulement, ce n’est pas le cas pour les agriculteurs et agricultrices qui sont très mécontent·e·s de la stratégie “De la ferme à la Fourchette” ! Ils estiment que les objectifs fixés sont trop ambitieux et que cette stratégie les fragiliserait davantage. Ils ne sont pas opposés à l’idée de contribuer à la lutte contre le changement climatique, qui les affecte également, mais ils jugent que les exigences sont trop élevées et que toutes ces mesures pourraient compromettre la viabilité de leur production !

Pour que vous puissiez comprendre, nous allons prendre plusieurs exemples qui ont été au cœur des préoccupations des agriculteurs en début d’année 2024 ! Comme mentionnée précédemment, la stratégie “De la ferme à la fourchette” vise à réduire l’utilisation des pesticides chimiques de 50% d’ici 2030, une mesure que nous trouvons positive. Pour les exploitants, cette initiative est jugée trop radicale car elle affecte leurs rendements : moins de production signifie moins de revenus ! Cette mesure a été vivement contestée lors des blocus et manifestations des agriculteurs, et elle a finalement été abandonnée le 6 février 2024 !

Au-delà de la réduction des pesticides, l’objectif d’augmenter les terres agricoles en agriculture biologique à 25% pose également problème aux producteurs et productrices. Voici un état des lieux pour que vous puissiez comprendre :

Aujourd’hui, les terres bio représentent 9,1% des surfaces agricoles. Comme mentionné précédemment, l’objectif est de les porter à 25% d’ici 2030. Une initiative qui devrait normalement plaire et encourager la consommation de produits bio, comme nous le faisons à Trattino 😉 Cependant, le problème est qu’actuellement, les surfaces agricoles bio atteignent seulement 10% en raison d’une demande insuffisante. Il est évident que si cette tendance persiste jusqu’en 2030, l’équilibre entre l’offre et la demande ne sera pas favorable. De plus, se lancer dans la production bio représente un coût non négligeable. Comme le démontre notre précédent article sur la PAC, après 5 ans, les agriculteurs travaillant dans le bio ne reçoivent plus d’aides. Alors, à quoi bon se lancer dans cette voie ?

Une fausse réalité

Avec les mesures du Pacte Vert, on pourrait croire que nous avançons vers une agriculture et une alimentation plus respectueuses de l’environnement, mais ce n’est pas vraiment le cas…
Pendant les manifestations des agriculteurs et agricultrices, outre la PAC, le Pacte Vert était également un élément largement revendiqué qui jouait un rôle crucial dans leur colère. En réalité, il y a beaucoup de bruit pour rien, car une étude approfondie révèle que la plupart des textes proposés par l’Union Européenne ne sont même pas encore entrés en vigueur. À ce jour, sur les trente textes prévus par la stratégie “De la Ferme à la Table”, très peu ont été finalisés, et une quinzaine d’entre eux n’ont même pas encore été proposés. Donc, comme le dit l’expression, il ne faut pas crier au loup…

ET LE BIO DANS TOUT ÇA ?

Le Pacte Vert pourrait orienter les agriculteurs et agricultrices vers une production plus biologique, mais comme nous l’avons vu, la majorité de ses mesures ne sont pas encore mises en place… L’agriculture bio se retrouve alors une fois de plus laissée sur la touche !

Mais comme nous l’avons également constaté, il y a un manque de cohérence dans les différentes politiques agricoles européennes… Augmenter les surfaces bio avec le Green Deal, oui, mais si la PAC cesse de soutenir les agriculteurs bio après 5 ans, cela ne va pas inciter les agriculteurs et agricultrices à changer leur mode de production.

En résumé, vous l’aurez compris, la crise agricole est encore remplie de paradoxes…

Alors, chez Trattino, nous essayons de faire de notre mieux pour proposer une alimentation saine, réalisée avec des produits de qualité issus de l’agriculture biologique afin de soutenir cette dernière au maximum 🙂

Et voilà, nous arrivons déjà à la fin de ce deuxième épisode consacré au Green Deal ! Nous avons abordé un nouvel aspect de cette crise agricole, et nous espérons que vous la comprenez un peu mieux, même si elle reste pleine de nuances 😉

Dans le prochain épisode, après avoir exploré le Green Deal et ses mystères, nous allons étudier les accords de libres échanges, un autre élément majeur qui vous permettra de comprendre les enjeux auxquels le secteur agricole est confronté !

Romain Girard

Chargé de communication digitale

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